La perception sélective des groupes

L’ étude de cas Hastorf et Cantril

Dans la perception sélective des groupes, les gens ont tendance à filtrer activement les informations qu’ils jugent sans pertinence. Cet effet est démontré dans l’ étude de cas d’Hastorf et Cantril: They Saw a Game (Ils ont vu un jeu).

Contexte de l’étude

L’étude de cas de Hastorf et Cantril a analysé ce qui s’est révélé être une perception sélective du groupe d’un jeu de football contesté entre les Indiens de Dartmouth et les Tigres de Princeton. Le match de football que les étudiants ont regardé s’est passé en 1951, et dans ce match Princeton avait gagné.

C’était un match difficile avec beaucoup de pénalités qui avait causé un tollé dans une série d’éditoriaux de journaux du campus.

Le quart-arrière de Princeton, qui est un All-American (amateur), dans son dernier match pour le collège, a quitté le jeu dans son deuxième quart-temps avec un nez cassé et une légère commotion cérébrale. Quand le troisième quart-temps est venu, le quart-arrière de Dartmouth s’est retrouvé avec une jambe cassée après avoir été tacklé.

Méthodologie

Une semaine après le match, Hastorf et Cantril ont demandé aux étudiants de psychologie de Dartmouth et Princeton de répondre à un questionnaire. Les chercheurs ont ensuite analysé et interprété les réponses de ceux qui avaient vu le jeu en réalité ou dans un film enregistré.

Ils ont ensuite constitué deux autres groupes pour voir le film du match et évalué le nombre d’infractions observées.

Résultats

Les étudiants de Dartmouth et Princeton ont sensiblement des réponses différentes. Lorsqu’on leur a demandé qui a commencé un jeu rude (provoquant des fautes), presque personne n’a dit que ce fût Princeton. En outre, 36% des étudiants de Dartmouth et 86% des étudiants de Princeton ont déclaré que c’était Dartmouth qui l’avait commencé. D’autre part, 53% des élèves de Dartmouth et 11% des étudiants de Princeton ont considéré que les deux équipes avaient démarré en même temps.

En détail, voici les questions et les réponses respectives des élèves de Dartmouth et Princeton :

« Quelle équipe pensez-vous a commencé le jeu rude? »

Pourcentage d’étudiants de Dartmouth Pourcentage d’étudiants de Princeton
Princeton l’a commencé 2 0
Les deux ont commencé 53 11
Dartmouth l’a commencé 36 86
Ni réponse 9 3

« Croyez-vous que le jeu était propre et bien joué ou qu’il fût inutilement brutal et sale? »

Pourcentage d’étudiants de Dartmouth Pourcentage d’étudiants de Princeton
Propre et juste 13 0
Brutal et équitable
39 3
Brutal et sale
42 93
ne sais pas 6 4

Après avoir montré un film du jeu, les étudiants de Princeton ont vu que l’équipe de Dartmouth faisait plus de deux fois plus de violations des règles que celle des étudiants de Princeton. Les chercheurs ont interprété cela comme une manifestation de la perception sélective des groupes. Ils ont interprété ces résultats globalement comme indiquant que, lorsqu’ils rencontrent un mélange d’événements aussi complexes qu’un jeu de football, nous expérimentons principalement les événements qui remplissent un modèle familier et qui nous intéressent personnellement.

Pour les élèves de chaque école, la perception sélective du groupe et la mémoire de ce qui pourrait sembler être le même événement ont impliqué une construction très active de différentes réalités. Notre appartenance à un groupe nous fournit souvent un cadre et un filtre dans lequel nous voyons les événements sociaux, éloignant nos perceptions.

Ce jeu a certainement laissé une trace pour les étudiants des deux écoles, marqué par des points de vue différents ainsi que pour les personnes qui n’ont pas fait allégeance à l’une ou l’autre équipe.

Même concernant ceux appartenant au même groupe, le match faisait ressortir des éléments de jugement différents pour les membres de l’équipe et pour leurs fans. Cette étude de cas démontre le rôle crucial des valeurs dans l’élaboration de la perception et du jugement.

Conclusion

L’étude de cas d’Albert Hastorf et Hadley Cantril a été publiée dans le Journal of Abnormal and Social Psychology (Journal de Psychologie anormale et sociale) en 1954. En conclusion, l’expérience a été utilisée comme preuve que « de toutes les occurrences en cours dans l’environnement, une personne choisit seulement les éléments qui ont de l’importance pour elle au vu de sa propre position égocentrique dans la matrice totale », que « le jeu était en fait de nombreux jeux différents » et que chaque version des événements qui se produisaient était aussi vraie et réelle pour une personne donnée, à l’instar des autres versions perçues par les téléspectateurs et les fans.

Dans cette étude, on a constaté que les perceptions des participants étaient faussées et ont été facilement influencées par leurs motivations, de manière inattendue. Cela prouve simplement que les gens ne voient que ce qu’ils veulent voir.

Les chercheurs sont arrivés à la conclusion suivante: « En bref, les données indiquent ici qu’il n’existe pas de ‘chose’ telle qu’un ‘jeu’ existant ‘quelque part’ en lui-même, que les gens ne feraient qu »observer’. Le jeu ‘existe’ pour une personne et n’est expérimenté que par elle dans la mesure où certaines choses ayant lieu sont signifiantes pour son but’.

Application

Comment le phénomène de perception sélective des groupes s’applique-t-il à notre vie quotidienne?

Bien qu’il soit difficile de contrôler nos préjugés, il est impératif de se familiariser à cette élément . Nous devons également prendre conscience que l’impact d’une telle influence sociale peut prendre la forme d’un changement de perspective.

Une bonne façon de contrer cela est d’être empathique ou d’essayer de nous mettre à la place de quelqu’un d’autre pour voir selon son point de vue. De cette façon, nous pouvons voir les situations de manière plus complète, plus objective et plus juste.

 

Traduit de explorable.com