L’aveuglement aux choix

L’expérience de Peter Johansson

L’aveuglement aux choix se réfère à la façon dont les gens sont aveugles à leurs propres choix et préférences. Lars Hall et Peter Johansson expliquent ce phénomène dans leur étude.

L’aveuglement aux choix est l’un des types d’un phénomène plus large appelé l’illusion d’introspection. Ici, les gens pensent à tort qu’ils ont une perception directe de l’origine de leurs états mentaux, tout en traitant les introspections d’autres comme peu fiables.

Regardons l’aveuglement aux choix de cette façon. Nous pensons que nous voulons A, mais quand on nous donne B, nous constituons toutes sortes de raisons qui nous persuaderons que B est une alternative bien meilleure et que  nous l’avons voulu tout le long.

Lars Hall et Peter Johansson expliquent davantage l’aveuglement aux choix dans leur étude.

Énoncé du problème

Peter Johansson, en collaboration avec ses collègues, a étudié la perception des sujets sur leurs propres préférences en utilisant une nouvelle technique.

L’objectif des chercheurs était de mesurer si les participants remarquaient que quelque chose avait mal tourné au niveau de leur choix, pendant et après l’expérience.

 Méthodologie

Les expérimentateurs ont exposé aux sujets deux photos de visages féminins et leur ont demandé lequel ils trouvaient le plus attrayant.

Choice Blindness
Aveuglement aux choix
(Photographe: Mark Hanion)

Ceux-ci ont observé de plus près leur photo « choisie » et on leur a demandé d’expliquer verbalement leur choix immédiatement.

Le processus a été répété 15 fois par sujet, en utilisant différentes paires de visages. Dans trois des essais, sans qu’il soit spécifié lesquels, un tour de magie a été utilisé pour échanger un visage avec l’autre à l’insu du sujet, et après la prise de décision du sujet. Les sujets se sont alors retrouvés avec le visage qu’ils n’avaient pas choisi. Ils ont été invités à expliquer pourquoi ils avaient choisi ce visage particulier, sans savoir que cela n’était pas vraiment leur premier choix.

Résultats

La majorité des participants n’avaient pas remarqué que la photo qu’ils regardaient n’était pas leur choix initial. De nombreux sujets ont inventé des explications sur ce choix qu’ils n’avaient pas fait.

Par exemple, le sujet pourrait dire : J’ai préféré celui-ci parce que je préfère les blondes. Alors même que son choix d’origine était une brune.

Le bon sens pourtant indiquerait que nous aurions tous bien entendu remarqué un tel changement dans l’issue d’un choix. Mais les résultats ont montré que dans 75% des essais, les participants n’avaient pas vu l’incompatibilité avec leurs premiers choix (ex : blonde / brune). Ce qui est plus intéressant, c’est que non seulement un grand nombre de participants n’avaient pas la moindre idée du changement effectué, mais en plus,  lorsqu’ils pouvaient examiner plus longuement le résultat de leur choix, ils ont pu expliquer en détail pourquoi ils avaient choisi ce visage à l’origine, alors qu’ils l’avaient en fait rejeté. C’est ici que les expérimentateurs ont inventé le terme d’aveuglement aux choix pour désigner cette incapacité à remarquer cette non-correspondance.

Quelques-unes, moins de 1/10, des manipulations ont été repérés facilement par les participants. Pas plus de 20% de toutes les manipulations ont été repérées à la fin de chaque expérience.

Après l’expérience, on a présenté aux participants un scénario hypothétique :

Supposons que vous participiez à une expérience où les visages que vous avez choisis seraient échangés par la suite. Le remarqueriez vous ?

84% des participants ont déclaré lors de l’entrevue post-test qu’ils le remarqueraient. Les chercheurs ont appelé ceci aveuglement aux choix. Lorsque la vérité a été révélée à certains, ils ont exprimé la surprise et même l’incrédulité.

Johansson explique en outre que lorsque les individus ont été invités à raisonner sur leurs choix, ils restaient confiants dans leurs explications verbales, et avaient le même état émotionnel et ont exprimé le même niveau de détail pour les visages qu’ils avaient et n’avaient pas choisi.

Une autre conclusion importante est que les effets de l’aveuglement aux choix vont au-delà des jugements instantanés. En fonction de ce que les participants disent en réponse aux résultats ne correspondant pas à leurs vrais choix (qu’ils fournissent des explications courtes ou longues, donnent une note ou un étiquetage numérique, etc.), on a constaté que cette interaction pouvait modifier leurs préférences futures dans la mesure où le sujet en venait à préférer l’alternative qu’il avait précédemment rejetée. Cela a donné aux chercheurs un aperçu rare de la dynamique compliquée de l’auto-retour («J’ai choisi cela, je l’ai dit publiquement, donc je dois l’aimer»), ce qui est intéressant quant à ce qui sous-tend la formation de nombreuses préférences quotidiennes.

Conclusion

Les chercheurs ne savaient pas comment ou pourquoi l’aveuglement aux choix se produisait, mais ils pensent que c’est au cœur de la façon dont nous prenons des décisions dans notre vie quotidienne. Selon Hall, l’un des chercheurs, l’aveuglement aux choix n’arrive pas toujours. Par conséquent, le concept d’intention doit être réévalué et étudié de manière plus approfondie.

Il existe plusieurs théories sur la prise de décision qui supposent que nous reconnaissons quand nos intentions et le résultat de nos choix ne correspondent pas, mais l’étude de Johansson montre que cette hypothèse n’est pas toujours juste. Son expérience conteste à la fois les théories actuelles de la prise de décision et les notions de sens commun, de choix, et de connaissance de soi.

Application

Les expériences sur l’aveuglement aux choix peuvent être utilisées pour fournir un moyen d’étudier la subjectivité et l’introspection, des sujets considérés par les scientifiques comme extrêmement difficiles ou même impossibles à mesurer ou à évaluer scientifiquement.

Pourquoi cela se produit-il? Selon Jonah Lehrer, ces confabulations sont parfois des demi-vérités nécessaires qui préservent l’unité de soi. Lehrer explique en outre: «tout comme un romancier crée un récit, nous créons un sentiment d’être. Le soi, en ce sens, est notre œuvre d’art, une fiction créée par l’esprit pour donner son sens à ses propres fragments « .

 

Traduit de explorable.com