Expérience de la prison de Stanford

L’expérience de la prison de Stanford

Cette tristement célèbre Expérience de la Prison de Stanford a marqué sa place dans l’histoire, comme un exemple notoire des effets inattendus qui peuvent se produire lorsque des expérimentations psychologiques sur la nature humaine sont effectuées.

A l’instar d’une version réelle de «Sa Majesté des Mouches», il a montré une dégénérescence et une rupture des règles établies et des morales dictant exactement comment les gens devraient se conduire les uns envers les autres.

L’étude apporté plus de nouvelles questions que de réponses, sur l’amoralité et l’obscurité qui habitent la psyché humaine.

En tant qu’entreprise purement scientifique , l’expérience a été un échec, mais elle a généré quelques résultats qui donnent un aperçu de la psychologie humaine et du comportement social. Les implications éthiques de cette étude sont encore discutées dans les cours de psychologie d’université et de premier cycle partout dans le monde.

À l’époque des maltraitances à Abu Ghraib et Guantanamo, l’Expérience de la Prison de Stanford est une fois de plus pertinente, en montrant que les maltraitances systématiques et le déni des droits de l’homme ne sont jamais très loin dans quelque établissement pénitentiaire que ce soit.

Cette étude est si bien connue qu’un film hollywoodien sur l’Expérience de la Prison de Stanford est sorti en 2016. L’expérience a également été la base de nombreuses études similaires au cours des années, mais celles-ci ont eu des contrôles et un suivi beaucoup plus stricts .

Contexte

En 1971, le psychologue Philip Zimbardo a essayé de montrer que les gardiens de prison et les condamnés tendraient à se retrouver dans des rôles prédéfinis, en se comportant comme ils le croyaient requis plutôt que d’utiliser leur jugement et leur moral.

Zimbardo essayait de montrer ce qui se passait lorsque toute l’individualité et la dignité étaient dépouillées d’un humain, et que sa vie était complètement contrôlée.

Il voulait montrer la déshumanisation et le relâchement des valeurs sociales et morales qui peuvent arriver aux gardiens immergés dans une telle situation.

Méthode

Pour mener l’expérience de la prison de Stanford, Zimbardo a construit une installation correctionnelle simulée dans le sous-sol de l’Université de Stanford.

Des annonces ont été publiées dans les journaux locaux offrant 15 $ par jour pour les participants à ce programme. Sur les 75 réponses, les 24 sujets masculins jugés les plus mentalement et émotionnellement stables ont été sélectionnés. Principalement de classe moyenne et blancs, ils étaient divisés en deux groupes au hasard, de 12 prisonniers et 12 gardes.

Le groupe sélectionné pour être les gardiens était équipé d’uniformes intimidants de «style militaire». Ils ont également été équipés de bâtons en bois et de lunettes noires réfléchissantes, pour éviter les regards directs et faire paraître les gardes moins humains.

Lors d’une réunion d’initiation, Zimbardo, qui a agi comme directeur pendant la durée de l’expérience, a informé les gardiens que la seule règle était qu’aucune punition physique n’était autorisée. À part cela, les gardes devaient gérer la prison comme bon leur semblait, et seraient divisés en périodes et programmes de travail réguliers.

Les prisonniers, en revanche, étaient habillés de blouses à bas prix et n’avaient pas de sous-vêtements. Ils devaient être appelés par, et répondre à, des numéros d’identité uniquement. Ils avaient également une petite chaîne autour d’une cheville pour leur rappeler qu’ils étaient des détenus dans un établissement correctionnel. Les conditions étaient difficiles, seuls des matelas de couchage basiques et de mla nourriture fade étaient fournis.

Les prisonniers ont reçu l’ordre d’attendre à la maison « pour être appelés » pour le début de l’expérience ; leurs foyers ont été attaqués sans avertissement, ils ont été arrêtés par le véritable service de police local et accusés de vol à main armée.

La police de Palo Alto a accepté d’aider l’expérience. Comme s’ils étaient des suspects de la vie réelle, ont a lu leurs droits et on a pris les photos anthropométriques et les empreintes digitales des prisonniers. Après avoir été dénudés, fouillés et dépouillés, ils ont été emmenés dans les cellules qui seraient leurs maisons pour les deux prochaines semaines.

Zimbardo, agissant en tant que gardien de la prison, pourrait observer et prendre note de ce qui se passerait au cours de l’étude.

Résultats

L’Expérience de la Prison de Stanford a dégénéré très rapidement et le côté obscur et inhumain de la nature humaine est apparu très vite.

Les prisonniers ont commencé à souffrir un large éventail d’humiliations et de punitions aux mains des gardes, et beaucoup ont commencé à montrer des signes de détresse mentale et émotionnelle.

Le deuxième jour de l’expérience, les prisonniers ont organisé une révolte et une émeute de masse, en signe de protestation à propos des conditions. Les gardes ont travaillé des heures supplémentaires et ont élaboré une stratégie pour dissoudre et éteindre les émeutes, en utilisant des extincteurs.

Aucune directive pour cette action n’a été donnée par Zimbardo ; les gardes ont formulé le plan de leur propre initiative.

Le décompte standard des prisonniers et l’appel nominal sont devenus une épreuve de supplice et d’humiliation rituelle pour les prisonniers, les exercices forcés et les châtiments physiques devenant de plus en plus fréquents. Des matelas ont été confisqués aux prisonniers et ils ont dû dormir sur des sols froids et durs.

Les toilettes sont devenues un privilège, au lieu d’un droit fondamental de l’humain, l’accès à la salle de bain étant souvent refusé ; les détenus ont souvent dû nettoyer les toilettes avec leurs mains nues. Les prisonniers ont souvent été dénudés et soumis à des humiliations sexuelles, servant d’arme d’intimidation.

L’expérience a montré qu’un tiers des gardiens ont commencé à montrer une tendance extrême et intégrée au sadisme, et Zimbardo lui-même a commencé à s’impliquer dans l’expérience. Deux des prisonniers ont dû être retirés en avance car ils présentaient de sérieux signes de détresse émotionnelle.

Fait intéressant, aucun des prisonniers ne voulait quitter l’expérience en avance, même si on leur a dit qu’on leur refuserait leur salaire de participation. Les prisonniers se sont institutionnalisés très rapidement et se sont adaptés à leurs rôles.

Un prisonnier de remplacement a été introduit et a été chargé de faire une grève de la faim pour protester contre le traitement de ses détenus et pour tenter d’obtenir une libération anticipée. Étonnamment, ses camarades le considéraient comme un fauteur de troubles plutôt que comme une victime qui essayait de les aider.

Lorsque les détenus ont été informés que, si tous les autres prisonniers abandonnaient leurs couvertures, il serait libéré de l’isolement, tous sauf un ont refusé d’abandonner leur couverture.

L’Expérience de la Prison de Stanford a duré six jours jusqu’à ce que Christina Maslach, une étudiant diplômée qui deviendra plus tard la femme de Zimbardo, ait été amenée à interviewer des gardiens et des prisonniers et ait été choquée par les scènes dont elle était témoin.

Zimbardo a terminé l’expérience en avance et a noté que sur plus de 50 visiteurs externes, cette dame était la seule à soulever des préoccupations concernant ce qui se passait.

Conclusions

Zimbardo croyait que l’expérience montrait comment les personnalités individuelles des personnes pouvaient être submergées lorsqu’elles recevaient des postes d’autorité.

Zimbardo a reconnu que certains gardiens ont essayé de changer le système. Il a ensuite étudié le sujet des «héros» – ceux qui ne succombent pas au système.

Les facteurs sociaux et idéologiques ont également déterminé la manière dont les deux groupes se sont comportés, les individus agissant d’une manière qu’ils pensaient être requise, plutôt qu’utilisant leur propre jugement.

L’expérience a semblé montrer comment les sujets ont réagi aux besoins spécifiques de la situation plutôt que de se référer à leur propre morale ou croyance interne.

Les résultats de l’expérience ont été utilisés dans de nombreux dossiers judiciaires de haut niveau au cours des années, pour essayer de montrer qu’une prison doit avoir des instructions et des directives claires des autorités de niveau supérieur, sans quoi des abus de prisonniers peuvent survenir.

 

A partir de la traduction de explorable.com