La compréhension et la croyance

L’expérience de Gilbert

Daniel Gilbert, avec ses collègues, a mis à l’épreuve les convictions de René Descartes et Baruch Spinoza sur le fait que la conviction soit automatique ou qu’elle soit une procédure distincte qui fait suite à la compréhension. Ce débat a existé au moins 400 ans avant qu’il ne soit définitivement réglé.

La compréhension et la croyance se produisent en même temps presque instantanément ? Comment un esprit typique fonctionne-t-il lorsqu’un nouvel ensemble d’informations est présenté, prêt à être assimilé ? Est-ce qu’il croit aux nouvelles informations tout de suite dès qu’elles entrent, ou est-ce que l’esprit traite ces informations avant de les accepter ?

Les gens aiment lire parce que cela développe leurs connaissances et leur conscience sur toutes les questions de la vie. Cependant, ce n’est pas le cas de tout ce que nous pouvons lire, surtout maintenant que beaucoup d’informations peuvent être acquises par Internet à partir de sources non crédibles, certaines informations pourraient être totalement fausses. Par conséquent, il semble évident que nous devrions ne pas croire tout ce que nous lisons. Cependant, cela se produit de toutes façons, puisque selon une étude de psychologie classique, nous ne pouvons en premier lieu pas nous empêcher de croire ce que nous lisons et entendons.

Question de recherche

Deux philosophes ont des points de vue contrastés en matière de compréhension et de croyance. Le débat a duré au moins 400 ans avant qu’une solution ne l’ait éclairé. Selon René Descartes, un célèbre philosophe, mathématicien et physicien français, compréhension et croyance sont deux processus distincts. Les gens prennent d’abord des informations en leur prêtant attention, avant de décider réellement de ce qu’ils doivent faire avec cette information, ce qui inclut de les croire ou de les rejeter.

D’autre part, Baruch Spinoza, philosophe hollandais et contemporain de Descartes, croyait que l’acte même de comprendre l’information signifiait déjà la croire. Selon lui, après cela, nous pourrons peut-être changer d’avis, mais jusqu’à ce moment-là, nous croyons effectivement tout.

Daniel Gilbert, avec ses collègues, voulait trouver la réponse à cela dans quelques expériences pour savoir si la compréhension et la croyance fonctionnent ensemble ou si la croyance ou l’incrédulité vient ultérieurement.

Méthode

L’expérience a étudié 71 participants en totalité. Les sujets devaient lire des déclarations concernant 2 vols et étaient ensuite invités à donner au voleur une peine d’emprisonnement. La déclaration variait d’une manière qui semble modifier la gravité du crime.

Par exemple: « Le voleur avait un pistolet ».

Ainsi, le crime semble pire. De la même manière, d’autres déclarations faisaient paraitre moins grave le crime.

Par exemple: « Le voleur avait des enfants affamés à nourrir ».

Toutes les déclarations qui leur étaient présentées n’étaient pas vraies.Les sujets ont été informés que toutes les déclarations qui étaient vraies seraient affichées en vert, tandis que les fausses seraient en rouge. Lors de la lecture des fausses déclarations, la moitié des participants fut interrompue et distraite.

En théorie si la théorie de Spinoza était correcte, alors ceux qui ont été distraits en lisant les déclarations fausses n’auraient pas le temps de traiter l’information supplémentaire, le fait que la déclaration a été écrite en rouge et soit donc fausse, et seraient par conséquent influencés par cela dans le  chois de la peine de prison.

D’autre part si la théorie de Descartes était juste alors la distraction ne ferait aucune différence, car les participants n’auraient de toutes façons pas le temps d’effectuer la démarche de croire ou ne pas croire les déclarations fausses, donc ils ne feraient pas de différence pour la peine de prison.

Résultats

Les résultats ont montré que lorsque les fausses déclarations ont rendu le crime pire plutôt que moins grave, les sujets qui ont été distraits lors de leur lecture ont donné aux voleurs presque deux fois plus de prison, soit de 6 ans à environ 11 ans.

Au contraire, le groupe dans lequel les participants n’ont pas été distraits a réussi à ignorer efficacement les fausses déclarations. Par conséquent, il n’y avait guère de différence entre les peines de prison,  que les fausses déclarations aient rendu le crime plus grave ou non.

Gilbert et ses collègues ont obtenu les résultats suivants:

  • Non interrompu
    • 6,03 ans lorsque les fausses déclarations ont rendu les crimes moins sérieux.
    • 7,03 ans lorsque les fausses déclarations ont rendu les crimes plus sérieux.
  • Interrompu
    • 5.83 ans lorsque les fausses déclarations ont rendu les crimes moins sérieux.
    • 11,15 ans lorsque les fausses déclarations ont rendu les crimes plus sérieux.

Conclusion

Les résultats transmettent l’idée que les gens, lorsqu’ils ont le temps de penser, se comportent comme si les fausses déclarations étaient véritablement fausses. Sinon, les gens croient simplement tout ce qu’ils lisent.

Pour ensuite répondre à la dispute de compréhension/croyance entre Descartes et Spinoza sur la base de l’expérience, Spinoza avait raison. Croire n’est pas un processus en deux étapes  indépendantes l’une de l’autre. Au lieu de cela,comprendre est déjà croire, bien que l’opinion puisse changer après une fraction de seconde, tandis qu’il interprète et analyse les nouvelles informations.

De plus, Gilbert et ses collègues sont venus avec ces résultats qui expliquent d’autres comportements que les gens affichent régulièrement :

  • Le biais de la correspondance : tendance des gens à survaloriser les explications basées sur les dispositions ou la personnalité, pour expliquer les comportements observés d’autrui, tout en sous-évaluant les explications situationnelles pour ces comportements. En bref, les gens ont tendance à supposer que le comportement d’autrui reflète automatiquement leur personnalité en réalité, cela reflète vraiment la situation.
  • Le biais de vérité : tendance des gens à supposer les déclarations d’autrui comme étant vraies même lorsqu’elles sont fausses.
  • Effet de persuasion : lorsque les gens sont distraits, la probabilité que les gens soient persuadés ou que le message soit plus convaincant augmente.
  • Effet de déni-insinuation : tendance des gens à croire positivement aux choses qui sont catégoriquement démenties.
  • Le biais de test d’ hypothèse : tendance des gens, lorsqu’ils testent une théorie, à chercher des informations qui la confirment, au lieu d’essayer de prouver qu’elle est fausse.

 

Traduit de explorable.com